50 nuances de vert

Doit-on sacraliser la nature ? 25
juin
2018

Doit-on sacraliser la nature ?

  • Publié par Jean-Luc Coudray

On oppose nature et culture. Ce qui est naturel est né, ce qui est culturel vient de l’homme. La naissance peut-être entendue au sens large : Saturne est naturelle parce que née du Big Bang, la fleur est naturelle parce que née de l’évolution de la vie.

Une fois posé cela, ça se complique. Car il y a eu interaction lors de l’évolution de l’homme entre les découvertes techniques et les modifications biologiques. Le meilleur exemple étant bien sûr l’augmentation de l’encéphale humain.

Cette lointaine influence de la culture sur la nature est utilisée aujourd’hui pour légitimer les biotechnologies, le transhumanisme, les modifications génétiques. Cependant, on associe une influence inconsciente, indirecte et involontaire aux manipulations contemporaines qui sont conscientes, directes et volontaires.

La conscience et la volonté procèdent d’objectifs, eux-mêmes produits de représentations, par définition étroites par rapport à l’envergure du réel. L’intelligence technique n’est pas l’expression d’une sensibilité mais seulement d’une ingéniosité au service de finalités. Ainsi la relation d’interdépendance spontanée entre culture et nature qui a accompagné l’évolution humaine est sans commune mesure avec la spécialisation des intentions techniques.

La sacralisation de la nature est une expression à connotation religieuse. Mais cette expression peut dire quelque chose de beaucoup plus simple et beaucoup plus vaste qu’une simple croyance. C’est la reconnaissance de l’inconnu.

Doit-on, pour respecter l’inconnu, renoncer à toute artificialisation ? certes, non. Le problème se pose lorsque l’artificialisation engendre deux conséquences : l’irréversible et le remplacement. Par exemple, les manipulations génétiques remplacent irréversiblement le génome d’origine par un génome artificiel. Ainsi, la vision finie, bornée par des intérêts financiers ou militaires, se substitue à l’infini du réel.

Le sacré n’est rien d’autre que le respect de ce qui nous dépasse. Selon la sensibilité, nous pouvons l’envisager sous l’angle de la dévotion ou seulement de la prudence. Pour rester objectif, nous retiendrons ici celui de la prudence.

La nature est la forme qu’a pris le réel, sur cette planète, pour soutenir notre existence.

Refuser le transhumanisme ou les OGM, c’est préférer se livrer à la spontanéité du réel, qui a tout de même pondu l’humanité, plutôt qu’à la totale absence de spontanéité des motivations marchandes, avec ce que cela suppose d’aveuglement, de prétention, de bêtise et de fantasme de toute puissance.

Jean-Luc Coudray
Guide philosophique des déchets

   

Sélection

Format : 12,5x19
Reliure : broché, 280 pages
Parution : 4 avril 2018

ISBN : 978-2-37650-022-3

Prix : 16,00 €

Format : 12,5x19
Reliure : broché
160 pages
Parution : mai 2018

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Prix : 14,90 €