50 nuances de vert

La nature toxique 28
mai
2018

La nature toxique

  • Publié par Jean-Luc Coudray

À force d’être agressée par les humains, la nature avait réagi par des mutations qui l’avaient rendue toxique. Désormais impénétrables, les dernières forêts étaient ainsi devenus des sanctuaires enlevés à l’humanité. Les hommes les protégeaient pour l’équilibre climatique et la production d’oxygène.

Seuls des explorateurs équipés de lourds scaphandres pouvaient traverser ces territoires hostiles. Mais la densité de la végétation leur interdisait toute découverte. Dans ces zones isolées se développèrent une flore et une faune inconnues dont certains apercevaient de brèves apparitions en lisière des arbres. Par précaution, les villes se fortifièrent. Les habitants des banlieues abandonnèrent leurs pavillons pour se réfugier dans les centres urbains protégés par des enceintes. La nature envahit les communes extérieures délaissées. Des microbes contaminaient les citoyens qui se risquaient en dehors des remparts. Les villes, ceinturées par les végétations incontrôlables, s’élevèrent en hauteur. Des tours de Babel s’édifièrent, fuyant vers l’altitude les miasmes morbides. Les immeubles dépassaient sept kilomètres de haut, seulement arrêtés par la raréfaction de l’air. Les riches s’installaient en orbite. Les villes étaient reliées par des dirigeables. Toutes cultivaient entre leurs murs des jardins potagers aux plantes transgéniques soigneusement maîtrisées. Lorsque le vent se levait, tout le monde se cloîtrait contre les germes. Il n’y avait plus d’aéroport, plus d’avions, plus de guerre. L’ennemi n’était plus l’autre mais la nature, ce monstre pourvoyeur d’oxygène. Les animaux domestiques étaient entassés dans les étages.

En revanche, les citadins ne souffraient pas de la pollution urbaine. Leurs organismes s’étaient adaptés aux impuretés industrielles. L’humanité proliférait malgré les teneurs en plomb ou en mercure.

Les hommes comprirent un jour que la nature n’était pas devenue venimeuse. C’était leurs corps qui, en s’accoutumant aux souillures du monde technique, s’étaient désadaptés du milieu naturel. L’artificialisation des hommes avait fini par profiter au développement de la nature.

Jean-Luc Coudray (Chroniques terriennes, à paraître)

Ils ont parlé du Guide Philosophique des déchets de Jean-Luc Coudray :

Sur Radio Nova "Philosophie du déchet ?", la chronique de Jean Rouzaud.
http://nova.fr/philosophie-du-dechet

Sur Reporterre, article signé Maxime Lerolle
https://reporterre.org/Il-faut-penser-le-dechet-comme-partie-integrante-de-l-economie

Sur Résitance inventerre
https://resistanceinventerre.wordpress.com/2018/05/23/la-civilisation-de-lordure/

Sélection

Format : 12,5x19
Reliure : broché, 280 pages
Parution : 4 avril 2018

ISBN : 978-2-37650-022-3

Prix : 16,00 €

Format : 12,5x19
Reliure : broché
160 pages
Parution : mai 2018

ISBN : 978-2-37650-024-7

Prix : 14,90 €