50 nuances de vert

Nos cendres 21
juin
2018

Nos cendres

  • Publié par Jean-Luc Coudray

Les particules fines sont les cendres de notre société thermodynamique. Nous avons allumé un grand incendie qui ronfle jour et nuit en consumant nos énergies fossiles.

Aujourd’hui, ce feu immense et incontrôlable, continue néanmoins d’être alimenté de plus belle.

La terre est couverte de cheminées, de pots d’échappements, de tuyaux qui répandent la poussière qui produit cette combustion.

Les particules fines ont le don de la dispersion. Nuages invisibles, elles se dilatent, s’égarent ou se réfugient dans les intimités microscopiques.

Elles sont la dissipation de l’énergie, c’est-à-dire le désordre accumulé par nos activités.

L’ordre provient de la vie. Pour durer, nous mangeons de l’ordre, comme un poulet, une pomme de terre, un biscuit. Nos industries aussi. Elle s’alimentent de pétrole, de charbon, matières organiques ordonnées. Et comme nous, elles relâchent des déchets, c’est-à-dire du désordre.

Le désordre est irréversible, sauf à être réparé par l’évolution des espèces. Mais il a fallu quatre milliards d’années pour construire la biosphère. Pourquoi ? parce que la vie se nourrit d’une énergie extérieure au système qui est le soleil. Cette énergie solaire, transformée par la photosynthèse, est une source d’ordre pour la vie mais au débit particulièrement lent.

Pourquoi nos difficultés ? parce que nous fonctionnons plus vite que le débit solaire. Et comment pouvons-nous tricher ainsi ? parce que nous dévorons du soleil concentré. C’est le pétrole, le bois des forêts, le charbon. Nous vivons ainsi au-dessus de nos moyens parce que nous dilapidons notre capital, prélevé dans le sous-sol, au lieu de dépenser seulement notre revenu, le rayonnement solaire.

Quand il n’y aura plus de réserves, notre formidable puissance technique se dégonflera. Le miracle technologique, c’était un peu le génie humain, mais surtout le pétrole.

Un or noir que nous buvons à grands traits pour fabriquer des objets qui vivent plus longtemps dans les déchetteries que dans les maisons, tout en relâchant dans l’atmosphère ce sable infinitésimal qui détruit nos poumons.

L’ère industrielle est une magnifique flambée, un feu d’artifice, une fête exceptionnelle, dans la jouissance extatique de la destruction.

Notre plaisir, c’est la chute libre qui procure un état d’apesanteur.

Mais le sol n’est pas loin.

Une fois que nous serons écrasés, seules les particules fines conserveront une sensation d’apesanteur.

Jean-Luc Coudray
Guide philosophique des déchets

Sélection

Format : 12,5x19
Reliure : broché, 280 pages
Parution : 4 avril 2018

ISBN : 978-2-37650-022-3

Prix : 16,00 €

Format : 12,5x19
Reliure : broché
160 pages
Parution : mai 2018

ISBN : 978-2-37650-024-7

Prix : 14,90 €