50 nuances de vert

Réflexions

« Pour avoir un ordre de grandeur, tout le pétrole qu'on utilise sur une année représente le produit de la photosynthèse sur terre pendant 100 000 ans ! »
Serge Latouche

Petit rappel sur l'entropie 3
mai
2018

Petit rappel sur l'entropie

Illustration : © Jean-Luc Coudray

L’entropie est une notion à cheval sur deux registres : celui de la physique et celui de l’homme. En effet, ce concept a été créé pour évaluer l’énergie utilisable et l’énergie liée (non-utilisable). Par exemple, le bois est  utilisable pour le feu. La cendre produite par le bois est inutilisable pour l’homme. L’essentiel de l’activité industrielle consiste à transformer de l’énergie utilisable (pétrole, charbon) en énergie dispersée, inutilisable.

La réparation due à l’arrivée gratuite de l’énergie solaire ne se mesure pas en watts. Car l’homme est incapable de photosynthèse. Cette réparation passe par le canal des plantes qui transforment la lumière solaire en composés carboniques. Autrement dit, nous sommes assujettis à la lenteur du travail naturel. La majeure partie de l'énergie solaire, celle qui ne passe pas par le canal de la photosynthèse, est simplement non utilisée (c’est de l’énergie liée, non utilisable), et ne rentre pas dans le calcul. C’est la réalité extraordinaire de la photosynthèse qui lutte contre l’entropie. Calculer la quantité d’énergie solaire qui sert à chauffer les rochers ou les déserts est une absurdité qui n’a aucune valeur scientifique. La finitude de notre planète, c’est un composé d’espace-temps qui impose la lenteur d’un renouvellement par l’intermédiaire du travail des plantes et du phytoplancton.

La mesure de la surface bioproductive à l’origine de l’unité « planète » utilisée par les écologistes ou les décroissants a été établie de manière objective : de quelle surface de planète a besoin par exemple un Français pour produire tous ses besoins et recycler ses déchets ? Le calcul de la surface bioproductive dont a besoin l’humanité est en-dessous de la réalité puisqu’elle ne tient pas compte, dans ses calculs, du besoin des animaux. Et néanmoins, nous comptons plus d’une planète et demi pour soutenir nos modes de vie. Le fait que l’humanité vive au-dessus de ses besoins est indiscutable. La progression des déserts, la raréfaction des matières premières, la disparition des poissons en témoigne.

Quand même bien trouverions-nous une énergie illimitée avec la fusion nucléaire (qui n’est pas la fission que nous connaissons déjà avec nos centrales), cette énergie ne donnerait pas aux humains les moyens de réparer la vie détruite (c’est-à-dire l’ordre détruit), car le mécanisme du vivant est infiniment plus complexe que ce que nous pouvons imaginer. Et quand bien même arriverions-nous un jour à maîtriser technologiquement la photosynthèse (les Chinois y travaillent), cela ne donnerait pas à l’homme les moyens de fabrication de l’ordre mis en place par quatre milliards d’années d’évolution naturelle.

L’univers va globalement vers une aggravation de l’entropie.  C’est d’ailleurs ce qui fait la flèche du temps. L’exception de la Terre s’appuie sur la photosynthèse et la capacité de la vie à en tirer une organisation. L’activité humaine disperse l’ordre du vivant, des énergies fossiles, de la biosphère pour créer de l’irréversible.

En ce qui concerne le réchauffement climatique, puisque le CO2 est le coupable, réduisons les émissions de CO2. La solution est simplement dans la baisse de notre productivité, ainsi que dans la réduction du déménagement planétaire. C’est donc notre système économique, basé sur la croissance, le profit, le gaspillage, et le toujours plus, qui est à reconsidérer. On ne peut faire l’économie de changer d’économie.

Les énergies renouvelables sont bien plus mûres qu’on le pense, à condition de modifier les échelles. Par exemple, les éoliennes doivent être individuelles, sans informatique ni métaux rares, à l’échelle de la famille ou du quartier. Il faut donc décentraliser et relocaliser… mais surtout, répétons-le inlassablement, décroître notre folle activité.

L’excès d’entropie, c’est notamment les déchets que nous produisons et qui couvrent la planète. Comment penser qu’ils n’ont pas d’impact sur la biosphère ? Le réchauffement climatique perturbe tous les écosystèmes. Comment penser qu’il ne compte pas ? La raréfaction du pétrole entraîne l’exploitation du gaz de schiste qui a un énorme impact sur l’environnement. Comment penser que le manque de ressources n’aggrave pas la pollution ?

Ce n’est pas la vie humaine qui a un énorme impact sur la planète, mais notre société thermodynamique stimulée par le capitalisme. Nous vivons dans un phantasme de toute-puissance et un déni des limites.

Décroître a un aspect rabat-joie. Quant à moi, ça me réjouit. La décroissance a une dimension contemplative que je trouve plus stimulante que l’excitation bornée et répétitive de la toute-puissance.

Jean-Luc Coudray
Guide philosophique des déchets

LES HISTOIRES DE PINCE-MI ET PINCE-MOI

LES LIMITES

“Qu’est-ce qui pourrait délivrer notre société de la folie ? demanda Pince-moi.

- Le contact avec la réalité, dit Pince-mi.

- Sauf que notre société détruit aussi la réalité...” dit Pince-moi.

Sélection

Format : 12,5x19
Reliure : broché, 280 pages
Parution : 4 avril 2018

ISBN : 978-2-37650-022-3

Prix : 16,00 €

Format : 12,5x19
Reliure : broché
160 pages
Parution : mai 2018

ISBN : 978-2-37650-024-7

Prix : 14,90 €