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Quand écologie et politique ne font pas bon ménage 29
avr
2018

Quand écologie et politique ne font pas bon ménage

  • Publié par Fabrice Houzé

Les sciences, physiques ou économiques, fournissent des outils puissants mais parfois peu aisés à manipuler. Assises sur des formules incontestables, elles nécessitent néanmoins la subtile connaissance de leurs hypothèses pour les appliquer avec rigueur. A contrario, les messages politiques exigent une extrême simplicité pour être facilement scandés, relayés, likés ou partagés. Les problématiques écologiques n'échappent pas à ces impératifs contradictoires.

Le réchauffement climatique et son origine humaine ne font guère de doute. Pour autant, lutter contre les émissions de CO2, qui est un gaz inoffensif en lui-même hors de sa contribution à l'effet de serre, n'en est pas la conclusion incontournable. Ceci pour de multiples raisons : énergies alternatives encore immatures, effets de vases communicants de nos consommations, forte croissance des pays émergents, etc. Comme ce message est difficile à expliquer, les Républicains américains ont adopté une posture simple : le réchauffement climatique n'existerait pas ! Ou dans une version plus soft – il ne serait pas causé par l'homme. Dans les deux cas, avec ce point de vue il n'est donc pas besoin de modifier en quoi que ce soit nos activités.

A l'autre bout du spectre, afin de rendre leur message plus audible, les mouvements écologistes ont tendance à simplifier à outrance. Comme WWF, qui publie régulièrement le nombre de planètes nécessaires pour un Terrien vivant comme un Français, 3 Terres, ou un Américain, 5 Terres. Ce chiffre additionne pourtant des choux (terres cultivées pour notre alimentation) et des carottes (forêts pour stocker le carbone), et ne dit pas grand-chose sur le fond des problèmes écologiques.

Pour remettre en cause notre modèle de développement économique, un autre slogan s'est aussi popularisé : « La croissance infinie dans un monde fini est une aberration intellectuelle ». Il s’agit d’une jolie formule, mais elle ne repose sur aucune limite physique, au moins à l’horizon du siècle à venir. En effet, les sources d'énergie classiques restent abondantes, sans compter la fission nucléaire qui rendrait l’énergie quasi infinie à notre échelle : l’équivalent d’une batterie et de 40 litres d’eau couvriraient les besoins énergétiques d’un Européen durant toute sa vie.

D'autres encore soulèvent la problématique plus globale de l'entropie, le nom scientifique du désordre. La deuxième loi de la thermodynamique implique l'augmentation implacable du désordre et de la part d'énergie inutilisable, dans un système clos, à mesure que le temps passe. Ainsi, même si l'énergie ne venait jamais à nous manquer, la croissance inéluctable du désordre d'un système comme la Terre nous condamnerait au chaos. Mais la condition nécessaire à la validité du théorème n'est pas remplie : la Terre n'est pas un système clos, puisqu'elle reçoit l'essentiel de son énergie du Soleil, qui se manifeste dans le bronzage, les vents et les marées, avant de la réémettre dans l'espace sous forme de rayonnement infrarouge. Le surcroît d'énergie produit par la combustion de charbon, pétrole et gaz augmente le rayonnement infrarouge, qui dissipe ainsi le surcroît de désordre dans l'espace. Oublions un instant que cette dissipation ait lieu et imaginons que le désordre s'accumule sur Terre. Quelle est la consommation totale de combustibles fossiles et radioactifs des activités humaines ? 15 térawatts (milliers de milliards de watts). Quelle est la puissance reçue du Soleil ? 173 pétawatts (millions de milliards de watts). La mobilisation d'énergie non renouvelable par les humains représente donc moins de 0,01 % de la puissance reçue par le système Terre. On voit que la contribution de l'homme à l'entropie, au sens physique, est négligeable.

La vie humaine a pourtant un impact énorme sur la biosphère, qui ne peut être ramené ni au réchauffement climatique, ni au manque de ressources, ni à un excès d'entropie. Ne nous attendons pas à résoudre les vrais problèmes écologiques en posant de mauvaises questions pour toucher un large public, alors qu'elles aboutiront sans surprise à de mauvaises réponses politiques. 

Sélection

Format : 12,5x19
Reliure : broché, 280 pages
Parution : 4 avril 2018

ISBN : 978-2-37650-022-3

Prix : 16,00 €

Format : 12,5x19
Reliure : broché
160 pages
Parution : mai 2018

ISBN : 978-2-37650-024-7

Prix : 14,90 €