François Boucq

On ne sait pas quand est né François Boucq. Certains croient reconnaître sa patte sur les parois de la grotte de Lascaux, d'autres disent qu'il a inspiré Vermeer. On a essayé de dater François Boucq au carbone 14, mais les résultats ont disparu en même temps que la formule chimique du blond vénitien de Donald Trump.
Ce que l'on sait de source sûre, c'est qu'il est arrivé à cheval des grandes steppes du Nord, et qu'il s'est établi à Lille en raison de son climat tempéré et de la multiplicité de ses baraques à frites. Il a eu pour maîtres notamment une vieille chamane qui lui a transmis la recette de la tarte aux figues, un sourcier amateur de choucroute, un moine shaolin ésotériste et un jeune chimpanzé auquel il a appris à faire des grimaces.
Depuis lors, ses journées se passent dans une incommensurable monotonie : il dépèce les animaux qu'il chasse à mains nues, il fait du sport pour vérifier qu'en courant une heure, on perd bien 60 minutes, il promène bénévolement le panda du zoo et aime à imiter le taille-crayon pendant des heures. Il fait rire les oiseaux, chanter les abeilles, il chasse les nuages et fait briller le soleil. Il perd régulièrement ses chaussettes dans notre moral et adore nous mettre des chansons de merde dans la tête. Pour nous rendre heureux, il a mis de la couleur dans sa matière grise et vient d'achever un récit en deux tomes du Bouncer, ainsi que les trois premiers numéros d’un comics de Jérôme Moucherot (Comic-Boucq, à paraître aux éditions i). Il persiste à nous chatouiller le bonheur en s'attelant à une nouvelle histoire hallucinante - mais on ne peut rien vous dire, c'est con, parce que c'est hallucinant. Rah non, on ne peut vraiment rien vous dire, c'est vraiment con, parce que c'est vraiment hallucinant.
Vanessa DUHAMEL
François Boucq est né à Lille (où il habite toujours) le 28 novembre 1955.
Son univers est caractérisé par des dessins au style fouillé, touffu, contrastant avec un humour basé sur l'absurde et la dérision.
Peu intéressé par les études, il préfère très jeune le dessin et les arts martiaux. Pourtant, c'est à l'école et au lycée qu'il rencontre ses futurs scénaristes, Philippe Delan et Stéphane Deleurence. Très vite, il collabore au Point, à L'Expansion, Playboy, au Matin de Paris.
En 1975, il entre dans le monde de la BD grâce à la revue Mormoil avant de travailler à Pilote (où il lance Cornets d'humour, une suite d'histoires courtes scénarisées par Delan) et Fluide Glacial (où il crée Rock Mastard et, avec Christin, Les leçons du Professeur Bourremou) de 1977 à 1982. Il connaît ses premiers succès avec ses histoires courtes publiées dans (À SUIVRE) et rassemblées par la suite en albums (Les Pionniers de l'aventure humaine, Point de fuite pour les braves, La pédagogie du trottoir et La dérisoire effervescence des comprimés).
Sa consécration arrive avec sa collaboration avec le romancier américain, Jerôme Charyn, (La Femme du magicien en 1984, Bouche du Diable en 1989 et Little Tulip en 2015 et New York Cannibale en 2020).
Sur scénario d'Alejandro Jodorowsky, il crée ses premières séries réalistes à succès avec Face de Lune en 1991 et surtout Bouncer à partir de 2001.
Il dessine aussi sur scénario d'Alcante un tome de XIII Mystery consacré au Colonel Amos. On lui doit aussi le thriller épiscopal, Janitor, sur scénario d'Yves Sente.
Il est également l'auteur attitré des couvertures de San-Antonio (personnage crée par Frédéric Dard).
En février 2015, il a couvert l'Affaire du Carlton de Lille en réalisant des croquis d'audience pendant toute la durée de ce procès.
Dessinateur hors pair doté d'une vitalité graphique époustouflante, on ne peut lister toutes ses collaborations aussi variées qu'inventives allant de la création de figures pour les carnavals de Lille et d'Aix-en-Provence aux pochettes de CD de jazz en passant par l'exposition de fausses peintures surréalistes ou le dessin de presse (de Charlie Hebdo à son blog du Monde). Tout est prétexte à dessin.
En 2018, avec Vanessa Duhamel, il s'attaque à l'homme le plus puissant de la planète avec Trump en 100 tweets. Et en 2020 au fléau mondial du COVID-19 dans son Comic-Boucq: Jérôme Moucherot contre les Forces du Mal.
Passionné d'architecture et d'initiation compagnonnique, il dénote une prédilection pour les constructions architecturales et sait, à l'occasion, se transformer en métaphysicien de l'art et du symbolisme traditionnels. Cela donnera lieu en 2019 à une grande exposition au Musée de la franc-maçonnerie à Paris et à un catalogue insolite : Le Petit Léonard décodé.
On peut consulter ses dessins sur sa page Facebook et sur son blog intitulé "Jungleries" sur le site du journal Le Monde.
Prix :
Prix Saint-Michel pour l'ensemble de son œuvre en 2019
Prix Albert-Uderzo pour l'ensemble de son œuvre en 2007
Grand Prix de la ville d'Angoulême en 1998
Plusieurs de ses albums et séries ont été primés :
Les Pionniers de l'aventure humaine reçoit le Prix Bloody Mary en 1985 et, en Allemagne, le Prix Max und Moritz en 1992.
La femme du magicien (sur scénario de Charyn) reçoit l'Alfred du Meilleur album français à Angoulême en 1986.
La Vengeance du manchot (tome 4 du Bouncer sur scénario de Jodorowsky) a reçu le Sanglier du meilleur dessin du Prix Albert Uderzo en 2006.
Le Bouncer a reçu, en Italie, le prix Micheluzzi de la meilleure série étrangère en 2013.